Chic, bientôt le Carême ! Une nouvelle fois, je vais pouvoir faire cette démarche d’entrer dans ce temps que propose l’Église universelle à tous les disciples de Jésus Christ.

Je ne sais pas encore comment ce carême sera différent des autres déjà passés, mais je me dis qu’une occasion pareille, ça ne se loupe pas.

Cette année, c’est la parole de Jésus dans l’Apocalypse (3,20) qui m’interpelle : « Voici que je me tiens à la porte, et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui ; je prendrai mon repas avec lui, et lui avec moi. ».
Cette phrase me dit qu’il s’agit d’abord d’accueillir la présence du Seigneur dans ma vie plutôt que de penser à des privations ou à des bonnes actions. Ou plutôt, que ces privations et ces bonnes actions vont découler de la présence de Dieu dans ma vie.

Mais comment lui laisser plus de place ? Est-ce qu’il y a un risque à l’accueillir davantage ? Et qu’est-ce que j’y gagne à la fin ?

A cette première question, voici mon invitation : à chaque fois que je m’apprête à faire quelque chose dans mon quotidien le plus ordinaire, comme préparer un repas, me balader, prier, travailler, rencontrer une personne, je m’adresse à l’Esprit Saint et je lui demande : « Esprit Saint, viens à mes côtés, viens en moi. ». C’est tout. En fin de journée, je vous invite à prendre un instant pour relire ce temps offert à l’Esprit Saint, et vous pourrez goûter alors cette présence discrète et efficace.

A la deuxième question à propos du risque, je pense à l’homélie d’un de nos vicaires qui disait que le croyant vit les mêmes choses que les autres personnes, mais de façon plus intense. Rien de changé en apparence, mais la présence du Seigneur dans ma vie, me permet d’y trouver une patience, une compassion, un engagement, qui me rendent davantage vivant, davantage fraternel.

Et qu’est-ce que j’y gagne à la fin ? Simplement de devenir, dans le quotidien de ma vie, disciple du Christ ; autrement dit, un baptisé qui apprend à mettre ses pas dans les siens en trouvant le geste qui convient, la parole qui réconforte, et l’audace d’agir car je suis confiant : Jésus est un maître doux et humble de cœur, lent à la colère et plein d’amour. Bon carême !

Michel Berdah

Michel Berdah 2- paroisse HouillesCarrières - copie
Fleurs sauvages Charlie Wollborg sur Unsplash

Je vous propose aussi ce texte qui prépare aussi au carême. Il a été composé par le père François Potez, prêtre du diocèse de Paris.

Je voudrais vous proposer un carême dans les fleurs …

Il y a deux façons de faire, dans un jardin.
Il y a ceux qui sont obsédés par les mauvaises herbes.
Ils passent leur temps à essayer de les éradiquer.
Au bout du compte, les meilleurs obtiennent un jardin impeccable – et ils en sont très fiers. Tout est au cordeau, sans une herbe sauvage.
Mais il n’y a pas une fleur : ils n’ont pas eu le temps de s’en occuper.

Et puis il y a ceux qui sont passionnés de fleurs. Ils passent leur vie à les soigner.
Au passage, ils arrachent une mauvaise herbe, bien sûr.
Mais ils n’en font pas une affaire : ce qui les intéresse, c’est de faire fleurir les massifs et de faire porter du fruit aux arbres du jardin.
Et au bout du compte, il y a tellement de fleurs qu’il n’y a plus de place pour les mauvaises herbes.

J’en ai assez de ces carêmes qui ne servent à rien. Tout y est négatif : on passe la première moitié du carême à détecter son défaut dominant (vous ne le savez pas encore, depuis le temps ?), et l’autre moitié à essayer de l’éradiquer.
Peine perdue : nous mourrons tous avec notre défaut dominant !
Les défauts ne diminuent pas avec l’âge, ils augmentent.
Heureusement, c’est la même chose pour les qualités.
À savoir, donc, si les qualités vont croître plus vite que les défauts, voilà la vraie question …
C’est une affaire de tactique et de regard.
« Il y a un temps pour arracher et un temps pour planter », dit Qohéleth (Qo 3,2 ), mais le plus important, c’est la récolte !
« C’est moi qui vous ai choisis et établis, dit Jésus, afin que vous alliez, que vous portiez du fruit, et que votre fruit demeure. » (Jn 15,16).

Je voudrais donc vous proposer un carême dans les fleurs …
Oh, bien sûr, il y a un peu de nettoyage à faire ! Il faut le faire de bon cœur, et joyeusement.
Mais il faut surtout se rappeler que le but n’est pas d’avoir un jardin bien propre, mais un jardin bien fleuri !
On le voit à l’avance, on l’imagine, on en rêve.
Il faut se lancer dans le carême les yeux et le cœur fixés sur l’alléluia pascal : comment vais-je le chanter cette année ?

Jeûner, c’est tailler.
Pourquoi taille-t-on un rosier ?
Pour trois raisons : la taille stimule et ravigote ; elle domestique la plante et lui donne une jolie forme ; et enfin, elle lui garantit une bonne santé en lui redonnant de l’air et de la lumière.
Il faut y aller généreusement avec les plus forts, et tout doucement avec les plus fragiles.

Prier, c’est soigner, nourrir la terre, donner de l’engrais, mettre un tuteur à ce rosier encore fragile, accrocher à un fil la branche indisciplinée de ce rosier grimpant … Il faut y passer du temps.
Une heure le dimanche ne suffit pas : il faut aller au jardin dès qu’on a un moment.
Un peu tous les jours : le jardinier passionné voudrait y passer sa vie !

Mais surtout, surtout, il faut de la gratuité, de la générosité.
Ça, c’est l’aumône : on donne des fleurs et des fruits à tout le monde, largement, sans compter.
Chez ma mère, il y avait toujours un bouquet dans la chambre, même quand on ne venait que pour une nuit. Même en hiver.
Et s’il n’y a plus de fleur, il y a toujours un sourire à donner.

Au travail, donc !

Quelles sont les fleurs que je vais cultiver pendant ce carême ?
Quelles sont les qualités, les talents que Dieu m’a donnés et dont il attend de beaux fruits ?
Pour ce qui est de la taille, à chacun de voir : on a l’embarras du choix, dans ces vies trop encombrées.
La prière, l’aumône ?
La paroisse a un large choix de propositions pour ceux qui se demandent où et quoi.
Des déchets à porter au fumier ? Le prêtre est là et vous attend pour le sacrement de la réconciliation.
Quant au sourire, pas besoin de conseil : tout est permis, et même recommandé !

Père François Potez, prêtre du diocèse de Paris