Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc

Questions-réponses sur Marc 1,1-45

 

1,5 : « Ils confessaient publiquement leurs péchés ». Se confesser publiquement ? Coutume ou propre à Saint Jean-Baptiste ?

Au temps de Jean-Baptiste, il n’y avait pas de confessionnaux pour une confession auriculaire et individuelle offerte à ceux qui ne voulaient pas une confession publique : chacun, et ensemble, confessait (c’est-à-dire reconnaissait et affirmait) qu’il manquait à respecter la Loi. Beaucoup de psaumes sont des « confessions publiques ». Dans les « 18 bénédictions », le croyant juif demande à Dieu de pardonner ses fautes sans en faire une liste. Le baptême de Jean était un rite de « pénitence pour le pardon des péchés» (Marc 1,4). Le simple faite de demander le baptême de Jean était une confession publique d’être pêcheur.

 

1,6 : Quelle est la signification du vêtement en poil de chameau et de la nourriture de sauterelles de Jean-Baptiste qui fait référence au prophète Elie ?

C’est la description du vêtement « professionnel » d’un prophète. Jean est vêtu d’une manière différente, il mange de manière différente, il réside dans un endroit différent (le désert), et sa parole va donc est une parole différente des préoccupations humaines : il parle au nom de Dieu.

 

1,8 : Dans l’Ancien Testament, dans la religion juive au temps  de Jean-Baptiste, était-il déjà question du Saint Esprit ? Si oui, que représente-t-il ?

Les expressions françaises retenues par le judaïsme sont « Esprit de sainteté », « Esprit de Dieu », « Esprit du Seigneur ». L’Ancien Testament utilise ces expressions plus de 80 fois. C’est une manière de dire que Dieu donne sa force, sa sagesse, son intelligence… à des personnages de l’Histoire Sainte, et même à tous les fidèles : le midrash tanhuma écrit : « Tout ce que font les justes, ils le font grâce au pouvoir de l’Esprit de sainteté ». La foi chrétienne développera cela au concile de Constantinople (381) concernant l’Esprit Saint.

 

1,12 : Comment expliquer que Jésus soit envoyé par l’Esprit dans le désert pour y être tenté par Satan, juste après son baptême par Jean-Baptiste ? Pourquoi l’Esprit pousse Jésus dans le désert après le baptême ? Lien entre le baptême de Jean-Baptiste et le baptême chrétien ?

Il faut d’abord accueillir ce que disent les récits puis chercher à expliciter ce qu’ils signifient. En l’occurrence, ici, c’est un fait que les tentations de Jésus ont lieu APRES, et non pas AVANT son baptême. Donc les tentations ne sont pas des « épreuves » à surmonter pour accéder au baptême. C’est l’inverse. Par les autres évangélistes (Mt4, Lc4), nous savons que la pointe des tentations (« Si tu es le Fils de Dieu, fais ceci ou cela …») porte précisément sur ce qui a été manifesté au moment du baptême (« Tu es mon Fils bien-aimé …»). Pour nous, cela signifie sans doute que nous sommes aussi tentés par rapport à quelque chose que Dieu nous a déjà donné… Le baptême de Jean est un baptême de conversion pour le pardon des péchés. C’est donc une ultime préparation à l’Évangile, tandis que le baptême chrétien est en relation directe avec la mort et la résurrection de Jésus. Saint-Paul dira : « Par le baptême, nous avons été unis au Christ… à sa mort… pour que nous soyons unis aussi à sa résurrection… » (Rom 6,3-4). Jésus entre donc dans le baptême de Jean pour en transformer de l’intérieur le sens.

 

1,13 : Qui est ce Satan (« malin », « diable ») dont parle parfois Jésus ? Qu’en pense au juste l’Eglise Catholique ?

Satan est un esprit qui s’oppose à Dieu et nous pousse à nous opposer à Lui. Il est diviseur, menteur et homicide dès l’origine. L’Eglise en pense ce qu’en dit l’Évangile et même toute la Bible : il est actif, doué d’intelligence et de volonté, capacités qu’il met au service du mal, mais le Christ Jésus par sa croix a déjà remporté sur lui la victoire (cf Apocalypse), victoire à laquelle il nous associe en nous associant aussi à son combat précisément contre le mal et pour l’annonce de l’Évangile. Catéchisme de l’Eglise Catholique n° 391,2850 et suivants.

 

1,18. 20 : « Aussitôt » ? Ce mot revient plusieurs fois, est-ce l’interprétation de l’évangéliste ou autre chose ?

Vous trouverez 41 fois chez Marc, surtout dans la première moitié de l’Évangile, le mot grec traduit par « aussitôt ». C’est une expression, et une idée, employée surtout par Marc : Il n’y a pas de temps à perdre pour proclamer la Bonne Nouvelle et pour la vivre. « C’est maintenant le jour du salut» écrit Paul (2 Co 6,2 – 1 Co 7,29-31). Et moi qu’est-ce que je fais de mon temps ?

 

1,22 : Quelle est cette autorité avec laquelle Jésus parle (mentionné à plusieurs reprises) ?

Dans les sociétés antiques, l’autorité vient du fait que l’on s’inscrit dans une longue chaîne de traditions. Aujourd’hui encore, quand vous avez fait une grande école, avec des maîtres prestigieux, cela vous donne une certaine aura, une certaine autorité, au moins jusqu’au moment vous faites vos preuves (ou pas) par vos actions. Or l’Évangile ne dit rien de la formation de Jésus. Marie l’a sans doute formé, mais rien n’est dit. Et les gens se posent la question : « d’où lui vient cela» ? C’est que son autorité n’est pas reçue des hommes mais vient de Dieu. Il parle et agit avec l’autorité du Fils de Dieu !

 

1,23 : Que veut dire saint Marc avec ses esprits mauvais ? Représente-t-il le mal que Jésus est venu affronter ? La possession par les esprits semble courante à l’époque de Jésus. Comment la comprendre aujourd’hui ? Influence des croyants de l’époque ? Autre sens donné par Marc ?

Les esprits mauvais existent autant à notre époque qu’autant de Jésus. Ils ne représentent pas le mal ; ils sont le mal, comme tout ce qui s’oppose à Dieu est un mal. Simplement, le langage de l’époque dit les choses de manière plus directe que nous qui avons tendance à édulcorer les réalités invisibles. De plus, chaque fois que le bien se manifeste (et c’est évidemment le cas au plus haut point dans la personne de Jésus), les forces du mal se manifestent aussi avec force pour empêcher l’accomplissement du bien. C’est sans doute pour cela que la lutte fondamentale apparaît si clairement dans l’Évangile.

 

1,44 : A quel sacrifice Jésus fait-il référence ? « Offre le sacrifice que Moïse a ordonné »

Deux oiseaux : un sacrifié, l’autre relâché, ou deux agneaux etc … Si vous désirez tous les détails, lire au livre du Lévitique le chapitre 14, verset 1 à 32.

 

Questions-réponses sur Marc 2,1-3,12

 

1,44-3,12 : « Jésus demande le silence tout le temps, lorsqu’il y a guérison ». Pourquoi ?

Vous avez raison : le silence est demandé « aux esprits impurs » (Marc 1,25 ; 3,12), au lépreux (1,44), à Jaïre (5,43)… on peut comprendre pourquoi : malgré la demande de Jésus, le lépreux crie haut et fort et « à cause de cela, Jésus ne pouvait plus se montrer dans une ville » (1,45). La mission du Christ n’est pas de guérir untel ou untel, mais de guérir l’humanité tout entière. Il ne faut pas qu’une guérison particulière empêche le salut universel.

 

2,1 : « On apprit que Jésus était à la maison » … Quelle maison ?

Certainement la maison d’André et de Simon, dont on parle en 1,29, qui a été quittée en 1,35 et où il revient en 2,1.

 

2,9 : Quelle est la réponse à la question posée par Jésus au maître de la loi et pourquoi ?

Humainement parlant, il est plus facile de dire « tes péchés sont pardonnés » que de dire « lève-toi et marche », car dans la seconde parole, tout le monde va voir si le paralysé se lève et marche, ou pas. Donc, dire « lève-toi et marche » oblige à prendre publiquement le risque de montrer que sa parole n’a pas d’efficacité, si du moins rien ne se passe. Tandis que dire « tes péchés sont pardonnés » n’oblige pas à un changement extérieur immédiat. C’est pourquoi cette parole de pardon est plus facile à dire, car elle est accessible à tout le monde.

 

2,10 : Jésus parle-t-il de lui seul ou bien de tous les hommes, lorsqu’il dit « le fils de l’Homme »

Il parle de lui seul en faisant référence à la vision de Daniel 7,13–14. Il évoquera cette vision pour parler de la fin du monde (Mc 14,28) et devant le grand prêtre (14,61–62) où il assimile le Messie au Fils de l’Homme, personnage céleste. Ce sera le motif de sa condamnation à mort (Mc 14,64).

 

 2,17 : Nous avons remarqué une traduction surprenante : « Je ne suis pas venu appeler ceux qui s’estiment justes mais ceux qui se sentent pécheurs ». Comment comprendre ce verset ?

Toute traduction est une interprétation. Quand notre oreille n’est pas habituée, cela nous surprend et nous fait poser des questions nouvelles ; c’est là l’avantage. Mais on peut aussi questionner l’interprétation et c’est ce que vous faîtes avec cette traduction qui psychologise un peu le propos de Jésus. L’Evangile dit en réalité : « Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs ». C’est net. Si on restait dans le registre psychologiste, on pourrait dire que ceux qui s’estiment justes sont en fait peut-être davantage pécheurs aux yeux de Dieu … Le sentiment ne décrit donc pas toujours la réalité, mais cela dit, il est évident que quelqu’un qui s’estime juste ne se sentira pas concerné par l’appel de Jésus, alors que celui qui se sent pécheur, à raison ou à tort, se sentira au contraire très concerné, et sera dans de meilleures dispositions pour répondre à ses appels.

 

2,18–22 : Quel est le lien entre la scène décrite en 2,18–20 et celle décrite en 2,21–22 ?

L’évocation du vêtement cousu (v21) et du vin (v22) permet de faire comprendre qu’une mentalité ancienne aura du mal à tenir face à une réalité nouvelle. La mentalité ancienne, c’est ce qui est rapporté au v18 (tout le monde jeune et tes disciples ne jeûnent pas …) et la réalité nouvelle, c’est que l’époux lui-même (Jésus) est là. Le jeûne est fait pour se préparer à la venue de l’époux, mais précisément il est venu. Ce que dit Jésus, c’est en gros de savoir discerner ce qui appartient aux temps anciens et ce qui appartient aux temps nouveaux.

 

2,19 : Que veut dire Jésus : Quand le marié leur sera enlevé, ils jeûneront ? Ils pourront où ils devront jeûner ?

Jésus est en quelque sorte l’époux qui a épousé par amour la condition humaine et qui veut épouser toute l’humanité. Tant qu’il est avec ses disciples, dans sa vie de la terre, tout est fête ou devrait être fête. Mais quand il ne sera plus là, il y aura bien un manque, donc les disciples (c’est-à-dire nous) jeûneront. C’est-à-dire qu’ils seront, de fait, privé de sa présence physique, même si par ailleurs, Jésus dit à l’Ascension : « je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde » (Matthieu 28,20)

 

2,21 : Comment interpréter le lien entre la réponse de Jésus sur le jeûne et la remarque sur la pièce d’étoffe neuve ou les outres neuves ?

La réponse de Jésus sur le jeûne venait du fait que certains s’étonnaient du comportement inhabituel, nouveau, des disciples de Jésus qui ne jeûnent pas comme les autres. Jésus ne cherche pas à atténuer la différence de comportement entre ses disciples et les autres. Au contraire, il donne la raison la plus profonde à cette différence : c’est qu’avec lui, tout est nouveau. On ne peut donc plus utiliser les anciennes façons de penser ou de se comporter quand on l’accueille, lui qui vient faire « toutes choses nouvelles ». Exactement comme on ne peut pas mettre de vin nouveau dans de vieilles outres …

 

2,23 : Sur le passage des vêtements et des outres, nous en déduisons qu’il faut jeter nos vieux vêtements et nos vieilles outres. Est-ce que « jeter » = se débarrasser du passé ? De notre passé de pécheur ? Sommes-nous des outres ?

Jésus prend des comparaisons tirées de la vie quotidienne ; vous n’êtes donc pas strictement une outre, mais spirituellement parlant, nous contenons bien des idées, des façons anciennes de penser et de vivre qui ne sont pas celles de Jésus. Le problème n’est pas le passé, puisque Jésus dit par ailleurs qu’il n’est pas venu pour abolir, mais pour accomplir la Loi. La question est que le passé est maintenant dépassé. Plus largement, entre le Nouveau Testament (donc l’Evangile, et donc Jésus) et l’Ancien Testament, il y a une continuité (c’est la même Bible), une rupture (d’où les polémiques des pharisiens contre Jésus), ce qui s’explique par un dépassement, ou un accomplissement. Jésus nous invite en fait à tout faire partir de lui !