Mon Dieu, si vous existez, faites que je vous connaisse ! 

Après sa première communion à 14 ans, le 28 avril 1872, Charles de Foucauld perd progressivement la foi qui lui a été transmise dans son enfance. Parmi ses camarades de classe, l’état d’esprit est au scepticisme religieux, voir au mépris de la religion. Charles poursuit ses études sans conviction malgré ses excellentes dispositions et choisit de s’orienter vers une carrière militaire comme le souhaite son grand-père maternel. Il réussit le concours d’entrée à l’école des officiers de l’armée de terre située à St-Cyr-l’Ecole dans notre diocèse. Son engagement dans l’armée lui apprend deux choses : tout d’abord, il se découvre désobéissant, fêtard, paresseux, parce que profondément ennuyé. Mais aussi l’engagement de son régiment dans les combats en Algérie contre des insurgés va réveiller en lui le courage dans les dangers du combat et le souci des hommes qu’il commande et une estime nouvelle pour l’adversaire arabe qu’il découvre. 

Il reste persuadé d’être étranger à la religion de son enfance. En enterrant son cheval blessé au cours d’une course, il dit : « Tu fus un bon cheval, un excellent cheval. Tu appartiens à la catégorie des ces chevaux qui vont droit au paradis. Je le regrette, car, ainsi, nous ne nous rencontrerons plus jamais. »

Après les combats en Algérie, Charles cherche son chemin. Il forme le projet d’explorer le Maroc. Son travail d’exploration l’amène à se dépasser constamment, à endurer les dangers de la route, l’ascèse du désert, la rigueur de la cartographie. Venant pour conquérir, il a été conquis par les Marocains qu’il a rencontrés, qui l’ont accueilli, protégé, sauvé de la mort. Leur foi dans le Dieu unique l’a impressionné. Il écrit à son cousin Henry de Castries en 1901 : « Oui, vous avez raison, l’Islam a produit en moi un profond bouleversement. La vue de cette foi, de ces hommes vivant dans la continuelle présence de Dieu, m’a fait entrevoir quelque chose de plus grand et de plus vrai que les occupations mondaines… Je me suis mis à étudier l’Islam, puis la Bible, et la grâce de Dieu agissant, la foi de mon enfance s’est trouvée affermie et renouvelée. »

Revenu à Paris l’été 1884, Charles cherche auprès de sa famille ce qu’il n’a pas encore trouvé. « Mon Dieu, si vous existez, faites que je vous connaisse ! » répète-t-il inlassablement dans les églises parisiennes dans lesquelles il se tient au seuil de la rencontre qui changera toute sa vie.

La rencontre de l’abbé Huvelin sur le conseil de sa cousine, sa confession et sa deuxième communion l’ouvrent à la grâce de Dieu : « Aussitôt que je crus qu’il y avait un Dieu, je compris que je ne pouvais faire autrement que de ne vivre que pour lui. » écrit-il à Henry de Castries.

Sa soif de faire la volonté de Dieu le conduit à vouloir vivre ce que Jésus a vécu dans la pauvreté et le don de lui-même aux plus petits. Il entend cette louange de Jésus dans un sermon de l’abbé Huvelin : « Vous avez tellement pris la dernière place que jamais personne n’a pu vous la ravir ». Dès lors, Charles cherche de toutes ses forces la dernière place pour s’y tenir avec Jésus et se faire le serviteur de tous.

Cette découverte de la manière dont il suivra Jésus va guider tout son itinéraire depuis son entrée dans la vie religieuse trappiste jusqu’à son installation parmi les nomades Touaregs du Sahara.

Le 1er août 1916, quatre mois avant sa mort, il écrit : « Il n’y a pas, je crois, de parole de l’Evangile qui ait fait sur moi une plus profonde impression et transformé davantage ma vie que celle-ci : “Tout ce que vous faites à l’un de ces petits c’est à moi que vous le faites”. Si on songe que ces paroles sont celles de la Vérité incréée, celles de la bouche qui a dit : “Ceci est mon corps, ceci est mon sang…”, avec quelle force on est porté à chercher et à aimer Jésus dans “ces petits”, ces “pécheurs”, ces pauvres, portant tous ses moyens spirituels vers la conversion des âmes, tous ses moyens matériels pour le soulagement des misères temporelles. »

« Quoique vous fassiez de moi, je vous remercie … je ne désire rien d’autre, ô mon Dieu, pourvu que votre volonté se fasse en moi, en toutes vos créatures, en tous vos enfants, en tous ceux que votre Cœur aime…Je me remets entre vos mains avec une infinie confiance, car vous êtes mon Père. »

Charles est assassiné le 1er décembre 1916. Sa fête liturgique est célébrée le 1er décembre.

Saint Charles de Foucauld, priez pour nous !

Abbé Corentin Castex +

Le 15 mai 2022, le Pape François a célébré la messe de canonisation de dix bienheureux dont trois Français : Frère Charles de Foucauld (1858-1916), Bienheureuse Marie Rivier (1768-1838), Bienheureux César de Bus (1544-1607).

Le Pape n’avait pas célébré de messe de canonisation depuis le 13 octobre 2019, en raison de la pandémie.

Prière de Charles de Foucauld

Mon Père, je m’abandonne à toi,
fais de moi ce qu’il te plaira.
Quoi que tu fasses de moi, je te remercie.

Je suis prêt à tout, j’accepte tout.
Pourvu que ta volonté se fasse en moi,
en toutes tes créatures,
je ne désire rien d’autre, mon Dieu.

Je remets mon âme entre tes mains.
Je te la donne, mon Dieu, avec tout l’amour de mon cœur,
parce que je t’aime,
et que ce m’est un besoin d’amour de me donner,
de me remettre entre tes mains, sans mesure,
avec une infinie confiance,
car tu es mon Père.